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La vie est douce



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LA VIE EST DOUCE POUR QUI SAIT LA DEGUSTER

Samedi 11 août 2007

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On a souvent les idées les plus fausses, à propos des femmes et de leur sexualité, à propos des hommes et de leurs manies, à propos de nos enfants et de leurs capacités, à propos des autres et de leur vraie nature, autant dire qu’on a tout faux sur à peu près tout !

Je me souviens d’une expatriée Française qui m’avait avoué qu’avant d’arriver au Maroc, elle avait pris la peine de se taper toute une série de vaccins, qu’elle s’attendait à voir, tout de même pas des hommes verts, mais des hommes bleus à dos de chameaux, les fameux Touaregs. Moi-même, quand mon mari m’a parlé d’une proposition de travail assez intéressante qu’il a eu en Afrique, j’ai automatiquement pensé aux vaccins, aux guerres intestines, aux enlèvements, avant de me reprendre justement, que je peux me tromper sur toute la ligne. Tenez le Kenya par exemple, c’est une destination touristique extraordinaire, et très en vogue.

D’ailleurs, nous Marocains, quand on parle des pays voisins, on dit « l’Afrique, les Africains ! ». Eh bien, devinez quoi les gars : on est Africains, vivant en Afrique ! Ça pour une surprise, c’est énorme… de la même manière, on dit : « les Arabes ! », mais on est des Arabes aussi, n’en déplaise aux Amazighs et aux Berbères, mettons ça par ordre décroissant : on est musulmans, arabes, africains, marocains, amazighs berbères 3aroubyas ou autres. Si on n’est ni Africains ni Arabes ni Européens ni Australiens, à moins d’être un peu tout ça, vous risquez de nous faire passer pour un peuple champignon. La question est la suivante : « où allons nous pêcher cet amas de conneries et d’informations erronées ? »

Le premier que je tiens pour responsable c’est le système éducatif. Le nombre de salades qu’on nous fait ingurgiter aux écoles pourrait nous donner des indigestions cérébrales à vie.

Alexandre Jardin disait dans son roman « le zèbre », que l’école est responsable d’un vaste complot destiné à ruiner dans l’œuf la fantaisie des citoyens. Gilbert Cesbron pensait que « le monde n’appartient pas aux bons élèves ; il n’est fait ni par eux ni pour eux. C’est juste une illusion d’optique que les profs entretiennent de père en fils, pour se consoler ».

Je n’en pense pas moins. Outre les informations parfaitement inutiles qui viennent nous encombrer le cerveau pour rien, on nous fourre la tête d’idées absurdes, fausses, et dangereusement totalitaires. Vous voulez des preuves ? Eh bien, la bataille « Oued Al Makhazen » , connue ailleurs comme la bataille des trois rois, on nous apprend que c’est une victoire. Au fait, ça peut être une défaite aussi, tout dépend de quel côté de la méditerranée on se place. Et quand on se retrouve les uns avec les autres, ça peut tout bonnement créer un conflit si on n’a pas l’esprit large. Et puis, je ne serai même pas étonnée d’apprendre que de l’autre côté on leur raconte une autre version des faits, en leur disant que c’était une victoire, ou une défaite stratégique. Vous imaginez le malaise, la désillusion, le doute ? on nous apprend qu’il y’a des frontières, mais on néglige de mentionner qu’à la base la terre appartient à tous, et que c’est les hommes qui se sont amusé à dessiner des frontières, et du même coup une raison plausible pour s’entretuer au nom de quelque chose, sans états d’âmes, sans remords, et avec en plus de la fierté !

Moi, qui toute petite trouvais la pluie magique, j’ai été dégoûtée par l’explication peu poétique du phénomène, apparemment ce n’est qu’une vulgaire vapeur, on achevé définitivement mes rêveries avec l’expérience de la casserole sur feu et les gouttes d’eau sur le couvercle, la pseudo pluie fabriquée en labo, pas très bon pour l’imagination tout ça !

L’explication de la terre, sa croûte, son magma, tout ça, ça m’a longtemps donné des cauchemars.

Je ne sais pas quel est le principal but de la géographie, mais en tout cas, les cartes plates et insipides, pleines de machins bizarres pour indiquer les richesses, populations et autres infos, moi, ça m’a ôté toute envie de voyager. Mais je crois que le pire, c’est les maths. Au risque de me faire agresser par les matheux très carrés, ce truc ce n’est pas logique. D’accord, ça l’est un peu à la limite du (1 + 1 = 2) et des tables de multiplication, le reste c’est vraiment un grand n’importe quoi qui ne sert strictement à rien dans la vraie vie, c’est juste deux heures de torture psychologique pour les gamins.

Attention ! En critiquant le système éducatif, je ne rejette pas en bloc tout le principe. Je trouve, bien au contraire, l’idée brillante. Rassembler des enfants par tranches d’âge, leur transmettre un savoir, les aider à acquérir les moyens d’accéder au monde et de le posséder, leur faire découvrir les choses les plus inouïes, assouvir leur soif de découvertes, leur apprendre à vivre ensemble, à partager, à échanger, à co-exister, à tolérer, à recevoir… en bref, l’idée en elle-même émane d’un grand esprit généreux, d’un cœur qui aime son prochain, le problème vient de la manière de faire.

Et puis l’école n’est pas seule responsable de nos âneries. Je pense que nos propres familles nous gavent de clichés. On nous fait gober un tissu de mensonge à propos de la vie et des autres. Ça part d’une bonne intention (comme à l’école), on nous terrorise pour mieux nous protéger, mais à la fin, on se retrouve dans des situations extrêmement gênantes, où l’on est tout bête. Et  puis, à force d’être terrorisé, on a peur non seulement de mourir mais encore de vivre, et c’est tellement triste, on passe à côté de la vie, de l’aventure, du renouveau, on s’encastre dans le moule, c’est tellement confortable un moule ! une fois dedans, jaloux de la liberté de certains êtres exceptionnels, de leur authenticité, de leur originalité, on se conforte encore plus dans ses clichés, et on commence, non sans mesquinerie, à coller des étiquettes aux uns et aux autres : « drogué ! » « Pétasse ! » « Arriviste ! » « Crâneuse ! »… on se balade avec une étiqueteuse à la main, prête à servir, dégainée à la vue de tout être unique.

 

 

 

Par moony - Publié dans : humeur du jour
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Samedi 11 août 2007

 

 

Durant toute notre vie, il est toujours question de choix ( je parle comme cette mauvaise pub pour soupe instantanée, mais passons !)

C’est vrai, et c’est tellement désagréable, parce que souvent on se retrouve dans un camp ou dans l’autre, l’un et l’autre sont non seulement différents mais complètement et vivement opposés, et que de l’autre côté, il y’a toujours quelqu’un qu’on apprécie ou qu’on aime. Je ne sais pas pour vous, mais moi, ça m’a toujours emmerdé. Mais bon, il faut faire un choix et l’assumer, voilà !

On ne peut pas être l’un et l’autre, ou juste au milieu, parce qu’on se l’entend reprocher : «  c’est pas net ce que tu racontes ! Précise ta pensée ! Tu te contredis !», C’est vraiment agaçant.

J’ai pensé à tout cela en lisant sur ma tasse de café : « les raisonnables ont duré, les passionnés ont vécu ». C’est joli, très joli, mais ça m’embête quelque part. encore une fois, il y’a les raisonnables d’un côté, et les passionnés de l’autre… quoi ? Je n’aurais pas le droit d’être l’un et l’autre ? D’être raisonnablement passionnée, ou passionnée avec raison ? Je suis une personne passionnée, mais je sais être raisonnable pour éviter tout débordement, ça vous suffit ? Eh bien non ! La passion et la raison sont opposées. La passion ne peut être raisonnable, ou raisonnée, et dès qu’on raisonne, la passion s’évanouit, et donc, c’est l’un ou l’autre, bon gré mal gré, on doit faire un choix, pénible du reste, mais nécessaire pour se positionner, pour défendre ses principes, pour être égal à soi-même, pour prouver aux autres ce qu’on est ou pas. D’ailleurs, c’est quoi ce besoin de prouver des choses, c’est épuisant inutile et absurde.

N’empêche qu’on est toujours en train de prouver quelque chose, et j’en ai un peu marre de toujours faire mes preuves, comme si j’étais dans un éternel examen très décisif :

Je prouve à mon mari que je fais attention à lui, je prouve à ma mère que je suis à la lettre ses prodigieux conseils, je prouve à mon patron que je mérite mon salaire, je prouve à mes collaborateurs que je mérite leur respect, je prouve à ma femme de ménage qu’elle ne trouvera pas mieux ailleurs, je prouve à ma belle mère que je tiens bien ma maison, je prouve à mes enfants que je mérite leur confiance, et quand je ne prouve rien à personne, j’essaie de me prouver qu’avec tout ça je peux avoir plus de vie intérieure qu’un végétal, que je peux garder un jardin secret, et un peu de place pour moi. Difficile avec toutes ces autres vies qui s’accroche à la mienne et qui bouffe toute mon énergie. Je suis fatiguée de toute cette histoire, j’ai juste envie d’être, me contenter d’être moi-même, et que tout le monde fasse l’effort de me prouver que je suis aimée et appréciée rien que pour ça.

Mis à part les choix et la recherche d’approbation, on a souvent ce problème de décalage entre nos vies comme elles sont réellement, comment on les rêvait, et comment on voudrait bien qu’elles soient.

C’est un décalage conséquent parce qu’on a l’impression de ne pas être au bon endroit quand les choses arrivent. On est dans des vies qui ne nous ressemblent pas, qu’on se reconnaît à peine, on glisse sur nos vies, on passe à côté, mais on ne vit pas. On est attachés misérablement au passé, ou on est pathétiquement projetés dans l’avenir, et le présent nous traverse, creusant dans son sillage ses rides.

C’est triste ce que je raconte ? Alors réveillez-vous bande de pleurnichards, et vivez pleinement votre vie, elle mérite d’être célébrée, le passé, c’est fini, à la poubelle, on ne peut le refaire ni l’annuler ! Le futur, on verra bien, on avisera le moment venu ! Le présent il n’ y’ a que ça de vrai, c’est précieux, demain ce sera du passé, maintenant on peut le façonner, l’écrire, le rêver comme on désire. Faites le sans attendre.

 

Par moony - Publié dans : humeur du jour
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Mardi 7 août 2007

Je ne me sens pas l’âme d’une politicienne, et je n’aime pas parler politique, parce que dans ma tête, il suffit de lire l’histoire et d’attendre patiemment, sans surprise aucune, que tout se répète à un détail prêt : les noms des acteurs. Mais bien qu’on soit résolu à être non politiquable  on y est pratiquement forcé, de temps à autre.

Hier, j’ai appelé le service dépannage « eau électricité » pour une coupure d’eau répétitive, très exaspérante, et voilà que le Monsieur dépannage, à l’autre bout du  fil, me déballe son discours sur la sécheresse, les barrages, l’eau qu’on faisait cheminer vers la ville par bateau il y’a à peine quelques années, pour expliquer l’aubaine qu’on a d’avoir encore quelques misérables gouttes durant la journées, c’est à peine si je ne devais pas être reconnaissante, ou me sentir coupable de quelque chose. J’avais envie de lui dire : « mais qu’est ce que j’en ai à foutre de tes barrages, tout ce que je veux c’est prendre correctement ma douche et laver ma vaisselle ! ». Sécheresse ou pas, j’imagine que l’hôtel cinq étoiles du coin n’a pas de mal à remplir sa piscine, ses jacuzzis et ses baignoires, ni à arroser le terrain de golf comme il se doit. Eh bien lavons-nous, Jacuzzisons-nous, plongeons dans nos piscines, et laissons la populace macérer dans ses germes et microbes, ils ne seront que mieux immunisés contre la saleté et la crasse. Je me souviens qu’un jour d’été, j’ai vu une bande d’adolescents accrochés aux buissons d’arbres plantés autour d’un restaurant piscine, sur le coup, j’ai jugé ce voyeurisme franchement dégueulasse. Une fois à l’intérieur, j’ai compris que ce n’était pas vicieux…même pas ! il n’y’ avait que des gamins qui pataugeaient sous les yeux admiratifs de leurs parents et ceux des adolescents des buissons…toute l’eau qu’il y’avait , c’était en fait ça le spectacle. C’était d’un pathétique, que je ne peux même pas décrire. Alors ne cherchez pas loin, n’allez pas tout coller sur le dos de réseaux terroristes, de démagogues, ou de politiques alternatives. Ça ! Ça vous crée une bombe humaine ! il ne faut pas croire que je trouve excusable ou explicable toute l’horreur de l’acte, j’essaie seulement de faire un lien de cause à effet, peut être qu’en ayant de la suite dans les idées, on aurait évité le drame du 16 mai.

Imaginez maintenant un gamin né dans un bidon ville, sorti tout droit de l’imagination d’un Franz Kafka au top de son génie, logé dans une minuscule pièce où s’entasse une famille au complet avec deux ancêtres en surnombre, pas d’intimité, pas de confort, pas d’hygiène, avec le père qui rentre le soir de l’usine épuisé jusqu’aux os, humilié par le chef d’atelier, et qui passe ses nerfs sur la mère, qui n’a d’autre exutoire que les gosses qu’elle tabasse avec ou sans raison ( en général, c’est comme ça, la merde tombe de haut en bas : le patron qui malmène le chef, le chef qui traîne l’ouvrier plus bas que terre, l’ouvrier qui tabasse sa femme, le femme qui tabasse les gosses, et les gosse qui se bagarrent dans les rues en s’entretaillant à coup de rasoirs, c’est de là que découle la violence des rues). Imaginez, ce gosse qui tient quand même le coup, qui arrive à décrocher un diplôme après des années de galère, et qui se retrouve à la recherche d’un emploi, alors d’emblée le premier obstacle c’est qu’il n’est pas le fils d’un « Ben quelque chose », c’est le fils de personne. Quoi que l’on dise, l’adresse sur son C.V. qui indique un « Kariane » mal famé est un autre obstacle. Vient alors le diplôme, qui n’est pas attribué par une de ces écoles de grande notoriété qu’on trouve souvent sur les petites annonces consacrées aux offres d’emploi, ces écoles qui coûtent la peau des fesses, les yeux de la tête, et même plus. Lui, il a une bonne vieille licence en économie, ou en droit, livrée par l’université. La belle affaire ! L’université est jugée comme un système obsolète ( non sans raison d’ailleurs, mais ça c’est un autre débat). Et  voilà que notre bonhomme se retrouve chômeur, diplômé chômeur, à moins qu’il ne se résigne à prendre la place du coursier, de l’agent de sécurité, ou celle du chauffeur s’il a toutefois eu la chance de passer son permis. S’ajoute au tableau funeste, les héritages des grandes familles qui se transmettent de père en fils, et qui le font sérieusement douter à propos de l’égalité des chances dans la vie. Mijotez tout ça, ajoutez un séjour à un hôpital, où les infirmiers se prennent pour les Dieux de l’Olympe, et qui passent leurs nerfs sur les patients, la rage de ne pas pouvoir se soigner, parce que la maladie coûte cher à celui qui a le manque de bol de choper une saloperie, ajoutez encore une visite au commissariat et à la « Moukatâa » pour renouveler une banale carte d’identité, où l’on vous traite respectivement dans l’un comme présumé coupable de quelque chose qu’ils ne savent pas, mais qu’ils trouveront bien un jour, et dans l’autre comme une vache à traire, ou un distributeur de billets de vingt. Terminez par la difficulté  insurmontable de fonder une famille, et de canaliser sa libido dans ladite pièce qui rassemble sous son toit en carton ou en zinc, deux générations et même trois. Et voilà tous les ingrédients nécessaires pour faire au choix : un fou, un psychopathe, un voyou, un truand, un assassin, un voleur, un extrémiste dans un sens ou dans l’autre, ou une bombe humaine. Mais vous n’en tirerez rien de bon, c’est contraire à toutes les lois de l’univers et du bon sens. 

Ce que j’aimerai, par contre souligner, c’est que c’est trop facile de faire l’autruche, en répétant sans cesse que c’est la faute au système, aux politiciens et aux décideurs. Une grande partie de responsabilité leur incombe, mais on est tout aussi coupables dans l’histoire. Coupables d’ignorance, coupables d’égoïsme, coupables d’indifférence. C’est trop facile de lâcher un soupir (dans le fond sincère) en répétant : «  on ne changera pas le monde ! ». Eh bien, qui le fera ?! Si chacun de nous prend un peu sur lui, et essaie non de changer le monde, ce serait péter plus haut que son cul, mais du moins changer le sien de monde, on finirait par réaliser quelque chose, au minimum dégager un peu le terrain devant la génération à venir.

 

 

 

 

Kariane : à l’origine « carrières » de pierre où plusieurs bidon villes ont poussé à Casablanca

Moukatâa : administration qui gère toute la paperasse attestant de notre vie ou décès.

Par moony - Publié dans : humeur du jour
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Lundi 6 août 2007

 

Femme de ménage ou pas ? that is the question !

Actuellement j’en ai une, elle vient cinq jours par semaine de 14H00 à 18H00, et ça aide quand même. Pendant longtemps, je me suis arrangé pour tout faire toute seule comme une grande, même en étant femme active, j’arrivais à trouver le temps pour garder mon chez moi propre et mes repas faits maison, c’est une question d’organisation, je disais, c’est difficile mais pas impossible. Mais depuis l’arrivée de bébé, ce n’est plus impossible, c’est périlleux, voire suicidaire. Il me fallait absolument de l’aide, et pour la trouver cette précieuse aide, tu peux toujours te gratter.

Il y’a eu plusieurs passages, pas forcément agréables. Au début je me disais que le problème venait de moi, n’étant pas habituée à ce genre de présence, je devais sûrement être soit trop exigeante, soit trop lâche, mais j’avais en tout cas la pénible impression qu’une force méconnue et surnaturelle, s’acharnait sur moi en m’envoyant des spécimens bizarres. Le dernier passage de Aïcha, m’a totalement guéri de mon fantasme de femme de ménage / nounou : douce avec bébé, dure avec la poussière, discrète avec papa, et complice avec maman.

Alors Aïcha est une brave paysanne, qui est restée les trois premiers jours muette comme une carpe, fermée comme une huître (l’odeur y était aussi), avant d’ouvrir la vanne à bêtises et discours surannés. J’avais l’impression d’ouvrir la porte d’un monde parallèle chaque fois que je lui parlais. Douce avec bébé ? Oui, personne ne pourra lui ôter son ultime qualité. Dure avec la poussière ? Pas sûre, vu qu’elle avait commencé à passer la serpillière tous les jours, ensuite un jour sur deux, pour ne plus la passer qu’une fois par semaine. Discrète ? Là, il faut pas rêver ! Étant très ouverte, j’avais quand même eu du mal à accepter que son amie vienne sonner chez moi, surtout quand c’était l’heure du déjeuner, que mon mari était là à constater mon manque de fermeté face aux envahisseuses, avec son air de misanthrope à ses heures. Complice ?   Archi – impossible d’avoir un quelconque échange avec un être humain de ce genre, pourquoi ? Ce n’est pas quelque chose de précis, c’est un tout… c’est tout le package qui ne va pas : sa façon de se curer le nez, face aux feuilletons arabes et mexicains, ses airs de maîtresse de maison dans un espace devenu le sien… il ne faut pas croire que la Aïcha était lésée chez moi, bien au contraire. Je continuais à mettre le linge sale dans la machine, parce qu’elle n’était pas experte en tri ni en programmes de lavage. J’étendais ledit linge, parce que j’ai vu faire trouer le tee-shirt fétiche de Monsieur, elle n’était pas experte en étalage non plus. Je repassais pour limiter les risques. Je cuisinais, parce qu’il ne faut donner aux gens que ce qu’ils peuvent accomplir, et que pour apprendre à cette pauvre femme comment on fait des asperges gratinées ou des calamars farcis, il ne suffisait pas d’avoir une recette et de la volonté, on aurait eu besoin d’un miracle. Je donnais le bain à bébé, je l’habillais, lui préparais à manger, changeais ses couches, restait à Aïcha la vaisselle, les carreaux et le parterre, quelque fois garder bébé le temps d’une course ou d’un bain. Elle avait ses deux jours le week-end, deux semaines de congé annuel payé et les jours de fêtes religieuses, tout ça avec presque le SMIC,  franchement très généreux, c’est même la vie rêvée pour n’importe quelle Aïcha. Il y’avait aussi un problème d’ordre majeure avec cette femme : son estomac, qui correspondait parfaitement aux leçons SVT qu’on a appris, c'est-à-dire : (un estomac est une poche volumineuse pouvant se dilater pour contenir trois litres) et je pense qu’ils sont en dessous de la réalité en considérant l’estomac de Aïcha. Je ne suis pas du  tout mesquine, alors là pas du tout ! Quand elle a déclaré avoir des problèmes digestifs, et qu’elle a refusé de manger mes plats, j’ai pensé que c’était parce qu’elle n’était pas une adepte de l’innovation, et qu’elle ne voulait simplement pas essayer les cœurs de palmiers les germes de sojas, les pousses de bambou, champignons noirs et autres bizarreries que je mettais dans mes plats, ce qui est de son droit. Cela a été confirmé le jour où elle a regardé de travers mes vermicelles arrosés de sauce soya, en me demandant si le contenu de la bouteille était « Halal ». Je l’ai alors invité à préparer ses repas elle-même. C’était sans compter avec sa paresse de taupe, et j’ai eu le déplaisir de constater qu’au bout d’une semaine elle avait consommé deux boîtes de seize rations de fromage fondu, la même quantité en yaourt, et que la réserve de fruits désemplissait à une vitesse effrayante. Au risque de me répéter, je ne suis pas du tout mesquine, mais cela devenait hors de mes moyens de continuer à entretenir un estomac ressemblant au tonneau des Danaïdes, surtout que dans les réserves, il y’avait aussi des légumes, des pâtes et de la viande.

L’autre problème avec Aïcha, la goutte qui a fait débordé le seau, c’est qu’elle n’en faisait qu’à sa tête. J’étais en sandwich entre deux tranches de culture totalement opposées, mon mari et ma femme de ménage. Pour une raison obscure, elle s’entêtait à vouloir dépoussiérer et faire le parterre autour et sous les enceintes du home cinéma. Ces engins délicats,  posés suite à une étude savante et technique du rapport son/espace/meubles, étaient pour mon mari (pour tout individu de sexe masculin) la version masculine de la pince à épiler. Exposés là comme des totems sacrés : « on ne bouge pas, on ne touche pas ! », et Aïcha (qui devait être féministe rebelle sans le savoir) comme s’il n’y’avait pas assez de crasse ailleurs, balayait et essuyait sous les enceintes, ignorant tous  mes avertissements, et allant jusqu’à nier dans une mauvaise foi peu appréciable. D’accord, le home cinéma est une preuve qu’on n’arrête pas le progrès, mais à ma connaissance on n’a pas encore inventé des enceintes capables de se bouger toutes seules. Ensuite c’était les portes de la terrasse, mon mari n’ouvrait qu’une seule pour éviter les courants d’air, et Aïcha, tenait obstinément à ouvrir les deux accès à la fois, provoquant ainsi des courants d’air, des claquements violents des portes et fenêtres de la maison, des invasions de moustiques, et les colères noires de Monsieur. Pour trouver un terrain d’entente entre ces deux-là, ce n’était pas gagné d’avance. Le comble, c’était le jour où elle s’est permis de répondre à une amie qui sonnait en bas de chez moi, en disant que je n’étais pas là, m’adressant un regard indigné : « elle n’a même pas téléphoné pour prévenir ! », faisant abstraction  de mon jugement de ma volonté et de ma présence. Mais ce qui lui a valu un ticket de bus au village de « no land », c’était à cause de la fête du fin du Ramadan : on s’était mis d’accord pour qu’elle parte un mercredi, et le lundi matin, de  bonne heure, j’ai été réveillée par la sonnerie stridente de son portable et ses ricanements, je l’ai clairement entendu donner rendez-vous à son amie le soir même à la gare routière pour partir ensemble. N’étant ni sourde, ni amnésique, et pas plus conne non plus, je l’ai renvoyé devant mon café du matin.

 

Par moony - Publié dans : humeur du jour
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Dimanche 5 août 2007

FEMME AU FOYER

 

 

 

05 H 30 !

Non je ne rêve pas…enfin, je ne cauchemarde  pas, il est bien 05 H 30 du matin, et bébé est déjà là, debout dans son lit. Ce n’est même pas une histoire de tétine perdue dans son sommeil que je pourrai récupérer vite fait, et hop, redodo ! Ah non ! elle est vrêêêment réveillée : elle gazouille et tape dans les mains. J’essaie d’abord de la remettre au lit. Tentative vouée à l’échec, puisqu’elle s’agrippe aux barreaux comme si toute sa vie en dépendait. D’accord calmons-nous ! j’essaie de la mettre sur le tapis avec tous ses jouets, peut être que ça l’occupera une demie heure, me laissant ainsi le temps d’émerger doucement de mon sommeil déjà perturbé par les opérations « récupération tétine » de la veille, mais sans grand succès, mademoiselle préfère ramper jusqu’à la boîte à bijoux sur ma table de chevet. Reste alors à essayer le remède à tous les maux. Non ! pas les somnifères, mais c’est tout comme : La télé !

Après quelques zappes, je trouve le bonheur : une chaîne de cartoons. Bébé dans sa poussette, face à ce monde merveilleux de lapins et de tortues savants, je m’allonge, ou plutôt je m’étale comme une crêpe sur le lit, pour une demie heure de répit, avec une prière dans le cœur : 

«  Bénis soient les chaînes Françaises et le décalage horaire, Amen ! ».

Après le réconfort l’effort. La demie heure écoulée, c’est reparti pour la valse, ou devrai-je dire le marathon quotidien : biberons, bain, couches, vaisselle, lessive, repassage, stérilisation biberons/tétines, couches, déjeuners, vaisselle, couches, rangement, goûter, vaisselle, couches, rangement, dîners, vaisselle, bain, biberon, vaisselle, rangement, opération comman-do-do-bébé. Si on ajoute à ce programme déjà trop chargé, trois passages à la superette du quartier, une visite chez le coiffeur, le dentiste, le gynécologue, le pédiatre, quelques câlins au papa, le dit programme risque d’exploser des fois, et nous avec.

Ce qui est vraiment injuste, c’est le regard que portent les gens sur une femme au foyer, ils ont l’impression que c’est fastoche, qu’on est là toute la journée à ne rien faire, à se prélasser devant la télé, ou un magazine féminin entre les mains, à se faire jolie, à tailler une bavette avec la voisine du palier, avec maman au téléphone, ou avec notre meilleure amie qui vient prendre un café, en gardant bien sûr un œil sur bébé. C’est totalement faux ! Et ayant déjà été  professionnellement active, je peux même vous dire que le stress de douze heures au boulot, n’est rien à côté des quatre heures qui suivent le réveil très matinal de bébé, quand il est au plus haut de sa forme, et que notre énergie est en dessous de zéro. La mission à accomplir, ou si vous préférez le langage professionnel, l’objectif à atteindre, est beaucoup plus compliqué, l’enjeu est énorme : ( élever la génération future, en veillant à son épanouissement, et à lui apprendre de vraies valeurs humaines et civiques). Seulement, l’épanouissement de notre future génération, va en contre sens avec le notre, et on l’apprend à ses propres frais !

Je méditais à tout ça, étalée sur mon lit, essayant de retrouver le courage pour me ramasser, et entamer mes tâches avec bonne humeur, quand bébé commence à s’ennuyer devant ses cartoons, se met à pleurer, me signifiant sur un ton définitivement hostile : « bouge tes fesses, et va me préparer mon biberon ! ». papa, qui s’est lâchement réfugié dans la chambre d’amis, vient me souhaiter «  une joyeuse fête des mères ». avec sa gueule des mauvais jours, bébé continue à pleurer. Pour une journée de fête, une journée de mère, ça commence mal on dirait !

Par moony - Publié dans : parents
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Dimanche 5 août 2007
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Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais les relations humaines sont très compliquées, très difficiles à gérer, et souvent nous emmènent, mal gré bon gré, sur des terrains périlleux, où l’on blesse l’autre sans le vouloir, où l’on est soi même incompris ou trahi ou malencontreusement offensé. Essayons de les noter une par une, ces relations, pour confirmer ou infirmer ce que je pense, et je serais sincèrement heureuse de me tromper cette fois.
Logiquement, la première relation qui me vient à l’esprit est celle qu’on entretient avec nos mamans. C’est très complexe une relation mère / enfant, ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’elle soit à la base de la théorie Freudienne ( pas très créative, au passage, parce que tout est basé sur l’enfance ou le sexe). Au début, on est complètement dépendant et l’instinct de survie nous incite à aimer inconditionnellement nos mamans. A peine un peu plus autonome, et commence déjà la première rébellion vers deux ou trois ans, avec ses crises de pleurs et de « Na ! », puis selon qu’on est garçon ou fille on admire cette maman ou on entre en compétition avec elle. A l’adolescence on fait une petite trêve pour s’occuper d’autres choses, et on est tout simplement indifférents et plutôt ingrats. après cela vient le moment du remord, et une complicité naturelle s’installe. On se marie, on fait des enfants, on commence à mûrir, et l’on devient une vague copie ou une copie conforme de notre chère maman, en répétant les mêmes phrases, en pensant les mêmes choses, et on se dit « ouh là ! je commence à parler comme ma mère » . sauf que la maman, entre temps, a pris de l’âge, elle est différente, plus laxiste avec les enfants…vos enfants ! et elle leur permet de faire ce que vous leur interdisez, et ce qu’elle ne vous avait jamais permis . Vous suivez toujours ? alors on a encore envie de se confirmer, on est contrarié et un peu jaloux. Et surtout on n’a pas envie de la voir vieillir, parce qu’on se voit prendre de l’âge aussi.
Après vient notre relation avec nos pères, pas moins complexe !
Les papas, on les découvre un peu plus tard que les mamans, pendant notre rébellion « Na ! », et on cherche depuis le début à en faire des alliés en les séduisant, à la manière des filles (papa je t’aime chouchoute ta petite princesse, je force ton cœur !) ou à la façon des garçons (papa, tu es mon superman, mais je te rentre dedans, je suis le superman junior et je force ton respect !). à l’adolescence, pendant qu’on néglige complètement nos mamans, on canalise toute notre haine sur le pauvre papa qui en prend pour son compte, bien sûr ça n’a rien de personnel, c’est juste qu’on abhorre l’autorité, et tout représentant d’autorité. On finit ses études, on commence à travailler, et là, un échange des plus dangereux s’installe entre nos papas et nous. Par vies interposées, on entre dans une compétition rude et acharnée, on a envie de notre coté, d’avoir un bureau aussi grand que le sien, ou celui qu’il n’a jamais eu. On veut l’impressionner, grimper dans son estime, et lui prouver qu’on est digne de sons nom, qu’on est à la hauteur de ses rêves. De son côté, le père via notre vie, essaie justement de réaliser ses rêves, de réaliser ses projets, d’éviter ses propres échecs, et plus on en fait, plus il essaie par un retour logique des choses, de continuer à être le superman qu’il a été pour nous, ce qui est un peu plus besogneux, parce qu’on n’est plus cet enfant qui ne savait même pas son alphabet au complet et dont le monde est bien trop limité, entre temps, on a fait des études, on a voyagé, on a vu d’autres modèles de réussite, et il faut plus qu’une acrobatie ou une mallette à outils pour nous ébahir. Le conflit peut devenir grave si on n’a pas la sagesse ou la maturité de lâcher prise d’un coté ou de l’autre. Plus le papa essaie de s’accomplir à travers nous, en insistant sur ce qu’il faut ou ne faut pas faire, plus on se glisse dans la peau de ce rebelle adolescent qui refuse l’autorité ou les conseils. On a envie de prouver qu’on est devenu adulte, on veut avoir la possession exclusive de nos projets et nos réalisations, et des fois, ça finit par éclater, et ça part dans tous les sens.
Après père et mère, vient la relation de la fratrie. Les sœurs et frères, que dire ? On les aime on les déteste, on les envie on les aide, on leur en veut on leur pardonne, on partage on partage pas… c’est compliqué, bien trop compliqué !
L’amitié, ça c’est un vrai casse tête. Personne ne peut confirmer où commence le rôle d’un ami, et où il doit prendre fin. C’est d’ailleurs parce qu’on ne sait pas les limites d’une amitié, que ça déborde, et que des fois on est taxé de faux cul, de lâcheur, de traître… ou au contraire de pot de colle, envahisseur, sans gêne, qui fouine et fourre son nez là où il ne faut pas. Le juste milieu n’existe pas, parce que là on se trouve dans la zone tiède, où l’indifférence régnante, raye de la carte toute amitié. Tout ce qu’on a appris durant notre vie s’en trouve ébranlé : l’objectivité n’est pas une qualité, on doit s’investir, un point c’est tout ! l’honnêteté ? tout dépend , à propos de quoi, et avec qui. La générosité, oui, mais à quel point ? il ne faut pas laisser l’argent venir envenimer une relation. La solidarité ? je ne sais pas, mais soutenir quelqu’un pour des histoires contraires à nos moralités ( trahison conjugale, sabotage professionnel, dépendance à l’alcool ou au jeu) c’est déconseillé pour notre propre santé mentale. On marche sur un terrain miné, où nos amitiés risquent d’éclater en morceaux à tout instant.
L’amour. Ah, l’amour ! je t’aime, moi non plus ! je t’aime, je ne t’aime plus ! c’est une valse qui n’en finit pas de nous faire tourner la tête. Un vrai manège où l’on attend impatiemment son tour, et on vit un moment de pure magie avant de se voir éjecter en faveur des suivants. Ou une montagne russe qui nous fait grimper au septième ciel, avant de nous faire rechuter vers la routine, et hop on remonte, et on redescend, et ainsi va la vie, en dents de scie.
Le mariage, ça c’est du boulot !
On s’installe ensemble, et les premiers mois, on est comme sur un nuage. Inaccessibles, on est seules sur cette planète rose qui n’appartient qu’à nous. Mais après le bref moment d’euphorie, où tout est nouveau, tout est frais, tout est beau dans le meilleur des mondes, commencent les négociations éprouvantes, pour pouvoir coexister sans heurt. Quels meubles ? ton canapé en cuir, ou mon canapé en tapisserie indienne ? ta salle à manger sérieusement rustique, ou ma salle à manger seventies ? ton hideux tableau de nu, dont le modèle aurait dû subir une réduction mammaire, au dessus de notre lit ? pas question ! au dessus du bureau non plus ! au salon, n’y pense même pas ! tes serviettes de bain brodées de lilas et de bleuets, quel horreur ! jamais de la vie ! l’appartement une fois meublé, ressemble parfaitement à une vie conjugale, il est meublé de concessions. Ensuite c’est quels amis ? les tiens, les miens ? combien de temps libre consacré aux uns et aux autres ? comment gérer les sorties entres potes et entre copines ?  le problème de nos amis respectifs s’arrange ? passons aux tâches ménagères. Qui fait quoi ? On fait des concessions d’un côté et de l’autre, on essaie de s’améliorer, on trouve que l’autre n’en fait pas assez, qu’il devrait faire plus d’efforts, ou qu’il est trop exigeant, qu’il n’est jamais satisfait, carrément méchant jamais content,on s’engueule, on se réconcilie, on se déchire, on se ressoude, un jour en haut, un jour en bas, un jour comblé, un autre malheureux. Mais de jour en jour, on apprend à se connaître, à s’accepter tels qu’on est, à s’aimer pour nos qualités et à fermer les yeux sur nos défauts, à fermer la mémoire sur les moments magiques et à devenir amnésique face aux moments pénibles.
La belle famille, la belle affaire !
Cette famille qui nous est livrée avec le contrat de mariage, est un mal nécessaire. Déjà qu’on a un mal fou à gérer sa relation avec sa propre famille, et nous voilà propulsé dans une nouvelle famille, dont on ne connaît pas grand-chose. Au moins la notre de famille, on la connaît par cœur, les défauts de tout un chacun, les sujets sensibles à ne pas aborder, ce qu’il faut offrir pour faire plaisir, sur qui on peut compter, tout ça n’a pas de mystère pour nous, et il nous arrive quand même de gaffer. Mais face à notre belle famille, on est complètement désarmé, on avance à l’aveuglette, en espérant de ne pas mettre le pied au plat, ce qui ne se fait pas tarder, faute de renseignements. Un jour, une phrase nous échappe, une phrase toute bête, et c’est le drame ! c’est que le langage n’est pas commun, il est propre à tout un chacun, une phrase toute simple pour nous, peut avoir une toute autre signification pour les autres, et sortie de son contexte, mise dans un autre, elle peut même s’avérer blessante. On se retrouve avec la belle sœur qui pleure comme une madeleine, en mal interprétant votre commentaire face à une série télé : «  regardez la pauvre fille, il avait raison Balzac de dire qu’avec une vieille fille à la maison on n’a pas besoin de chien de garde !». elle n’a que trente ans votre belle sœur, ce n’est pas une vieille fille, vous-même vous vous êtes marié à trente ans ! trop tard ! tout le monde vous prend pour une méchante sorcière ! ça vous apprendra à vouloir jouer les intellectuelles qui connaissent leurs classiques, la prochaine fois vous parlerez cuisine et chiffons, pour ne pas prendre de risques ! enfin, c’est ce que vous croyez, parce qu’un jour en parlant cuisine et chiffons avec belle maman, vous avez définitivement fini de  prouver que vous êtes une vraie sorcière.  En essayant d’étaler votre savoir-faire, vous lui annoncez l’horreur et le manque de talent culinaire que c’était d’utiliser le bouillon de bœuf en cube, avant de vous apercevoir soudainement qu’il y’en avait justement deux paquets en face de vous sur l’étagère. On ne ravale pas ce qu’on a craché, malheureusement ! mais le jour où vous avez frôlé la crise diplomatique, et votre beau-père la crise cardiaque, c’était pendant la soirée du nouvel an, où vous avez débarqué avec votre bouteille Laurent Perrier sous le bras. Ce qui n’avait rien d’exceptionnel, c’était la coutume, ce qui a rendu les choses compliquées, c’était la présence du grand papa. On vous avait bien mis au courant de sa visite, mais dans votre tête, votre beau père, et même votre mari, ont dépassé l’âge de cacher leurs bouteilles aux anciens. Et ce qui vous a conforté dans votre idée, c’est justement les bouteilles exposées au coin bar. Seulement voilà, dans cette famille, les anciens savent qu’on boit, mais on ne le fait jamais sous leurs yeux, et surtout on n’arrive pas avec la bouteille, l’air de rien. C’est irrespectueux ! vous avez l’impression d’être dans un asile psychiatrique, entourée de gens souffrant d’une sévère schizophrénie. C’est qu’il faut du temps pour assimiler ces nuances très fines et subtiles. Enfin, voilà que vous grimpez tout d’un coup, de statut de sorcière, à celui de garce, que le parfait petit fils a eu la mauvaise idée d’épouser ! 
Pour ce qui est des enfants, je ne m’encombre pas pour vous faire un dessin. Tout au long de mon récit, vous aurez le loisir de découvrir cette relation sous tous les angles et toutes les facettes. Régalez-vous !
Par moony - Publié dans : couple
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Samedi 4 août 2007

LA TORTURE

 

 

 

Le calvaire a commencé par la privation de sommeil, à peine j’arrivais à fermer l’œil qu’un râle franchement hostile me réveillait, je devais alors me résigner à marcher le long du couloir, les yeux aveuglés par la lumière, le corps meurtri par des mois de sommeil à récupérer et par l’énorme plaie à l’abdomen qui cicatrisait douloureusement.

Après, c’était la descente vers un enfer Dantesque : juste au moment où le plateau de repas était déposé devant ma bouche affamée, on m’appelait pour aller nettoyer une grosse merde verdâtre et puante, alors forcément l’appétit n’était plus au rendez-vous. En six mois j’avais perdu douze kilos. D’accord, les kilos en question étaient de trop, mais là n’est pas le problème ! Plus le droit de lire un bouquin ou un journal, sans prendre le risque de le voir confisqué ou déchiré. Plus le droit de suivre un programme télévisé, ni d’avoir une conversation avec qui que ce soit. Mes entrées et sorties étaient strictement restreintes, plus le droit de recevoir ni de me faire inviter. Je devais tout enfermer sous peine de retrouver mon plus beau chemisier au fond de la cuvette des toilettes, où d’avoir à ramasser les ordures dispersées aux quatre coins d’une pièce.

Rassurez-vous ! Et n’allez pas alerter des associations de protection des droits de l’Homme ou de la femme (bien que j’en ai sérieusement besoin), ce que je relate n’est pas une consignation à domicile, ni un interrogatoire excessivement musclé, ni un châtiment sorti tout droit de l’imagination d’un tortionnaire particulièrement sadique. C’est un peu tout ça à la fois, et pire. Ce que je vous raconte là, c’est ce qu’on appelle communément : « la joie de la maternité » ! Alors moi, si j’attrape la salope qui s’est avisé d’inventer cette expression, je ne répondrais plus de mes actes ! Ne soyez pas choqués, ma fille je l’adore, je suis raide dingue d’elle, c’est ma raison de vivre, mais évitons l’hypocrisie : un bébé, ce n’est pas que de la joie… c’est même tout le contraire. Personnellement, ce que je retiens de plus joyeux dans l’histoire, c’est le moment de conception. Je sais que j’ai l’air d’être une mauvaise mère, mais sérieusement, est ce que les bonnes mamans ça existe, à part comme marque déposée de confitures et de biscuits ? Vous voulez parier ? Demandez à toutes les mamans du monde, faites un micro-trottoir, faites un sondage, vous verrez bien ! Ou alors lisez ce blog régulièrement.

 

 

* * * * * * * * * * * * * * * 

 

 

Je n’ai plus de lait !

Je regarde mes seins pendre tristement, vidés de leur nectar, vidés de leur maternité, presque vidés de leur sens. Deux petites gouttes coulent le long de mon ventre, mettant définitivement fin à ces cérémonies qu’était chaque tétée. Des moments intenses où se mêlent le bonheur, la fierté, et un profond sentiment de bien-être de béatitude et de plénitude, quand ma fille commençait à roupiller paisiblement contre mon sein nu, transformé en coussin douillet sur lequel elle reposait sa joue tiède et rose. Ma mère pose sur moi un regard plein d’amour et de compassion : « il faut voir le bon coté des choses ! Tu vas enfin manger et boire ce qui te fait envie, du café, du jus à volonté, des choux et des navets ! ». Maigre consolation ! Quoique…elle a un peu raison finalement. Depuis l’accouchement, tout ce que je mange ou bois exige un bon moment de réflexion, je devais bannir tout ce qui risquait de changer le goût du lait, tout ce qui pouvait causer des désagréments au bébé : constipation, diarrhées, coliques…je reprends enfin possession de ma bouche et de mes tripes, enfin un peu de liberté.

Je regarde ma mère avec reconnaissance, elle a toujours eu le mot pour panser mes blessures. Je regarde ses yeux qui se cachent toujours derrière une buée de larmes, des larmes qui coulent à tout moment de joie de détresse ou de déception. Quelles misères, que je ne soupçonne pas, ont vu ses yeux ? D’où vient toute la tristesse qu’ils contiennent ? Je ne sais pas exactement, mais je peux aisément imaginer ; la vie d’une mère au foyer, avec cinq enfants à élever, un mari à servir, le quotidien à gérer n’a pas dû être de toute aise. Le corps meurtri accouchement après l’autre, des nuits à veiller les enfants, trembler devant la tache tenace qui refuse de se décoller de la chemise de Monsieur, devant le pli de son pantalon qui ne tombe pas parfaitement, devant le dîner servi trop salé ou trop tiède, devant la poussière que la belle famille a surprise sur un meuble pourtant bien astiqué il y’a deux jours. Cela dit, mon père était un homme assez facile par rapport aux hommes de sa génération et de sa région au fin fond du Rif, mais n’est ce pas que tout est relatif ?!

Je regarde ma mère, et je vois tout à coup défiler dans ma tête, la vie de trois générations de femmes, parce que je pense aussi à ma grand-mère. La pauvre femme a vécu seule, bien qu’entourée, les bras vides, où personne ne venait se blottir dans un ultime moment de tendresse. L’amour, elle ne l’a reçu ni d’un mari, ni d’un enfant, ni d’un frère, ni certainement pas d’un père. Je me rappelle ses crises de larmes face à  la photo accrochée au salon, d’un fils qui est parti un jour, pour ne jamais revenir, même lorsqu’il avait appris qu’elle était condamnée par son cancer, ni même pour son enterrement. Elle a vécu seule, portant en elle son chagrin, sans se plaindre, jamais ! Ma mère a fait ce qu’il fallait, elle avait accompli son devoir, en l’accueillant chez elle, la faisant soigner, l’enterrant comme il se doit. Mes sœurs et moi, étions là aussi, mais tout ça dans le respect, avec beaucoup de politesse, sûrement d’amour aussi, ne serait-ce qu’un peu, mais un amour typique aux Rifains, un amour silencieux discret et craintif, qui ne se disait pas, qui ne se montrait pas, qui se faisait à peine sentir. Je pense que si la terre entière était à son chevet, personne n’aurait remplacé un simple coup de fil de ce fils qu’elle attendait avec chagrin, avec désespoir, avec rage… je me souviens qu’un jour, je l’ai vu arpenter le salon dans un va-et-vient de bête blessée en cage, elle parlait haut et fort, je ne me souviens pas de ce qu’elle disait, mais elle s’adressait à la photo accrochée au mur, j’avais volontairement fermé les oreilles, par respect pour son chagrin et sa colère, par honte aussi, j’avais honte pour ce fils ingrat… elle avait éclaté en sanglots, avant de cracher sur le visage tant attendu, tant espéré… ce moment, ce visage où se mélangeait l’amour, la déception, la rage, le dépit, jamais je ne l’oublierai ; c’est l’image des relations d’amour dans mon pays… de toutes les relations d’amour, homme-femme , parents-enfants, frère-sœur…

Des fois, je me demande ce qui a dû se passer pour que ce fils porte en lui tant de rancune ? je sais que dans le temps, les enfants étaient élevés comme du bétail. On mangeait à sa faim, on avait un toit au dessus de sa tête, on avait des habits neufs au moins deux fois par an pour les fêtes, et pour le reste on était mené au bâton. Les gens de cette génération ont donné une éducation où l’autorité et le châtiment ne manquaient pas, mais où l’amour n’avait pas de place. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut en vouloir aux parents, eux même, c’est ce qu’on leur a appris et c’est l’éducation qu’on leur a donnée… sombre héritage ! Et puis on se retrouvait parent à quinze ou seize ans, sans aucune préparation, alors on apprenait sur le tas, on improvisait, en croyant toujours bien faire. Le plus triste dans l’histoire, c’est que ces parents ne sont même pas conscients de leurs erreurs, ils croient avoir tout fait pour le mieux, et sont malheureux  incompréhensifs et déçus, face à l’ingratitude de leurs progénitures. Le plus triste, c’est qu’ils n’ont reçu ni l’amour de leurs parents, ni la reconnaissance de leurs enfants. Je crois sincèrement que c’est aux enfants de changer les choses ; fuir n’est pas une solution, pas plus que la rancune et la colère. En parlant d’enfants, je parle de la génération qui a eu la chance d’avoir une éducation, d’aller à l’école, de mieux comprendre la vie, de voyager à travers ce monde… bref, je parle de ceux qui ont eu la chance d’évoluer, contrairement à leurs parents, c’est eux qui doivent absorber les rancunes du passé, redécouvrir leurs parents victimes et pas bourreaux, leur pardonner des erreurs non préméditées, mais qui sont la conséquence de leur propre histoire, comprendre qu’ils n’avaient pas beaucoup d’options non plus, vu qu’ils étaient très limités, les aimer malgré et contre tout, et se mettre de temps en temps à leur place et dans leur peau pour mieux pardonner.

 

Par moony - Publié dans : parents
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