La vie est douce
LA VIE EST DOUCE POUR QUI SAIT LA DEGUSTER


LA VIE EST DOUCE POUR QUI SAIT LA DEGUSTER
Merci à "Isa" la petite fée sur la photo, à sa maman, et à sa photographe "Osire".
Je perdais l’illusion de l’amour et elle me perdait.
Je glissais sur les jours des autres,
Laissant une blessure, un bon souvenir, ou rien du tout,
Sans trouver la sécurité d’un quai.
Le chagrin m’habitait, et j’habitais les départs.
Les trajets de l’absence s’éloignaient en moi
Et un mensonge me jetait à l’autre.
Oui, j’ai grandi,
Mais je reste cette petite fillette
Aux cheveux attachés par des rubans colorés
Qui joue avec ses poupées
Qui croit que l’amour a un seul visage bien net,
Et la haine n’en a qu’un.
Je reste cette fillette qui croit fermement,
Que les mots signifient simplement leurs sens,
Que le dialogue est l’alphabet des communions.
Je reste cette fillette qui ignore tout,
Des mots glissants,
Des détours de dialogue, et de l’amour masqué.
Je reste cette fillette,
Qui croit cordialement
Aux fins heureuses des contes de fées,
Qui ne connaît rien des carrefours de la rupture déclarée
Qui vient et ne vient pas.
Je reste cette fillette
Qui aborde l’amour par son portail,
Ouvert sur la lumière,
Qui n’a jamais songé à accéder à l’amour,
Masquée, armée, prête à l’affront,
Prête à encaisser les coups de parcours.
Je reste innocente comme je l’ai été.
Malgré chutes défaites et déceptions,
Innocente je resterai.
Et ils sont vraiment pitoyables
Avec des cœurs dont pendent des verrous d’acier sans clefs,
Ils sont pitoyables,
Avec tout ce vide effrayant
Dans lequel ils nagent avec le courant,
Ils sont lamentables,
Avec leurs jours dispersés en vain
Sur les pages d’élégants agendas en cuir,
Avec leurs nuits rampant sous les néons de la ville,
Dans les luxueuses voitures,
Et les verres de l’oubli et du bon vin.
Ils sont minables,
Avec leurs nuits flottant dans le néant de leur petitesse,
Avec tous ces bruits
Dans lesquels ils noient le mutisme de leur ivresse.
Ils font pitié,
Avec leurs matins,
Dans des lits glaciaux avec des visages effacés,
Sans goût, sans odeur, et sans traits,
Avec des corps aussi froids que des cadavres,
Auxquels ils essaient péniblement,
D’attribuer un nom ou un souvenir,
Tellement tout se ressemble et tout le monde est pareil.
Ils sont lamentables,
Avec cet énorme mensonge qu’ils croient être.
Parce que finalement,
Comme dirait la fillette aux rubans colorés dans les cheveux :
L’amour a un seul visage,
La haine n’en a qu’un,
Et la perdition en a plusieurs.
Thèmes du lundi
Chaîne contre l’oubli
Consultez la version de Tooptoop et de Jiminix mes deux autres maillons complémentaires. merci à vous deux!
La statut D'averroès " Ibnou rochd"
Je suis tentée de dire qu’il est plus utile de vivre pour ses idées, pour les faire connaître, les expliquer, les perpétuer, les défendre, en faire une cause et une raison de vivre. Au même temps, je revois notre histoire, et je constate que les penseurs visionnaires ont été tout simplement liquidés par les adeptes de l’obscurantisme et de la pensée unique totalitaire. Donc, on peut aussi se faire tuer pour ses idées. Me viennent spontanément à l’esprit : Le Che et Luther King.
Ceux qui ne se font pas tuer, mais dont le génie est renié, qui se font torturer, exiler, condamner, sont aussi nombreux.
Averroès, qui a songé à séparer la raison de la religion, dont on a brûlé les écrits, et qu’on a exilé de Cordoue vers le Maroc, où il finira ses jours, loin de la gloire, de la reconnaissance,
et de la renommée qu’il méritait largement pour sa pensée libre et tolérante. Je pense aussi à Jabrane Khalil Jabrane, l’écrivain libanais, que
l’église a condamné, qui a été incompris, pour ses idées innovantes je cite ici un passage de son œuvre « le
prophète » :
(En vérité ce que vous appelez liberté est la plus solide de ces chaînes, bien que ses anneaux
scintillent au soleil et éblouissent vos yeux. Et à quoi voulez-vous renoncer dans votre quête de la liberté, si ce n'est à des parcelles de vous même ? S'il existe une loi injuste que vous
voudriez abolir, cette loi fut écrite de votre propre main sur votre propre front. Vous ne pouvez l'effacer en brûlant vos tables de la loi, ni en lavant le front de vos juges, même si vous
déversiez sur eux la mer toute entière.
Et s'il existe un despote que vous voudriez détrôner, voyez d'abord si l'image de son trône érigée en vous est détruite. Car comment le tyran peut-il régner sur les affranchis et les fiers, s'il n'existe une tyrannie dans leur propre liberté et une honte dans leur propre fierté ?
Et s'il existe un tourment que vous voudriez dissiper, le siège de cette crainte est dans votre cœur et non dans la main du tourment. Vraiment, toutes les choses se meuvent dans votre être en une continuelle étreinte fatale ; ce que vous désirez et ce que vous redoutez, ce qui vous attire et ce qui vous répugne, ce que vous poursuivez et ce que vous voulez fuir.
Ces choses se meuvent en vous comme la lumière et l'ombre, en couples enlacés. Et quand l'ombre se dissipe et disparaît, la lumière qui persiste devient l'ombre d'une autre lumière.
Et telle est votre liberté qui, quand elle perd ses entraves, devient l'entrave d'une plus grande liberté.)
Je pense également au Mahatma Gandhi, et puis à des millions d’inconnus qui ont voulu défendre leurs croyances et leurs idées dans un environnement despotique.
Tout ça est parfaitement louable et honorable. Vivre ou mourir pour ses idées, c’est se sacrifier pour tracer un chemin pour tous les autres, dans un altruisme presque surhumain.
Il est une autre catégorie qui reste intolérable et insupportable, c’est ceux qui non seulement ont choisi de mourir pour
leurs idées, mais encore, décident d’en assassiner plusieurs d’autres. Cet acte de « prendre la vie» n’a rien d’honorable, c’est juste des suicides doublés de meurtres maquillés par une cause. Une cause qui a du sang sur les mains, ne peut être défendable.
Comme d'habitude j'aimerais finir sur une bonne note, à vous de juger:
"Jugeant qu'il n'y a pas péril en la demeure
Allons vers l'autre monde en flânant en chemin
Car, à forcer l'allure, il arrive qu'on meure
Pour des idées n'ayant plus cours le lendemain
Or, s'il est une chose amère, désolante
En rendant l'âme à Dieu c'est bien de constater
Qu'on a fait fausse route, qu'on s'est trompé d'idée
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente
Les saint jean bouche d'or qui prêchent le martyre
Le plus souvent, d'ailleurs, s'attardent ici-bas
Mourir pour des idées, c'est le cas de le dire
C'est leur raison de vivre, ils ne s'en privent pas
Dans presque tous les camps on en voit qui supplantent
Bientôt Mathusalem dans la longévité
J'en conclus qu'ils doivent se dire, en aparté
"Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente"
Des idées réclamant le fameux sacrifice
Les sectes de tout poil en offrent des séquelles
Et la question se pose aux victimes novices
Mourir pour des idées, c'est bien beau mais lesquelles ?
Et comme toutes sont entre elles ressemblantes
Quand il les voit venir, avec leur gros drapeau
Le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente
Encor s'il suffisait de quelques hécatombes
Pour qu'enfin tout changeât, qu'enfin tout s'arrangeât
Depuis tant de "grands soirs" que tant de têtes tombent
Au paradis sur terre on y serait déjà
Mais l'âge d'or sans cesse est remis aux calendes
Les dieux ont toujours soif, n'en ont jamais assez
Et c'est la mort, la mort toujours recommencée
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente
O vous, les boutefeux, ô vous les bons apôtres
Mourez donc les premiers, nous vous cédons le pas
Mais de grâce, morbleu! laissez vivre les autres!
La vie est à peu près leur seul luxe ici bas
Car, enfin, la Camarde est assez vigilante
Elle n'a pas besoin qu'on lui tienne la faux
Plus de danse macabre autour des échafauds!
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente."
GEORGES BRASSENS
La chaîne des
thèmes du lundi continue. merci pour le titre Jiminix, et merci pour les bonnes idées Tooptoop.« A certains moments d’extrême lassitude ou de défiance de soi, on met soudain, sans condition, sa complaisance entière dans un être ou une décision inattendus. On accroche sa vie au portemanteau qui se trouve là, et l’on se sent léger. Combien d’unions inviables, d’engagements définitifs, de départs au loin ne se décident pas autrement ! Naïveté ou lâcheté, on tire des traites sur l’avenir en perpétuant l’instant. Se jeter à l’eau non pour nager, mais pour se laisser dériver par le courant. »
- Gilbert Cesbron-
Combien de gens se contentent d’être des spectateurs immobiles de leurs propres vies, au lieu d’en prendre possession, et d’en être les maîtres absolus ?
Que manque-t-il à leurs bonheurs ? Qu’est ce qui alimente leurs dépressions ?
Jamais ils ne se sont arrêté un instant pour faire le bilan de leurs vies, être reconnaissants pour les petites joies toutes simples, s’émerveiller devant la beauté gratuite d’une fleur ou d’une vague. Jamais ils n’ont pris le risque d’aimer, pour ne pas se voir trahis blessés ou abandonnés. Ils ne s’aventurent pas au changement, ils sont bien dans leur petit train-train, confortablement installés dans leurs clichés et idées reçus.
La peur de vivre a remplacé la peur de mourir, disait Abdellatif Elaabi, c’est tristement ça. Il est plus facile de se laisser traîner par le courant d’une vie plate, que de nager à contre courant.
On ne vit que d’instants, disait Cesbron. Mais on continue à dilapider son capital d’instants potentiellement heureux, dans l’attente incertaine d’un cliché de bonheur digne d’une carte postale. Toujours projetés dans l’avenir.
Pourtant : une famille, une belle maison, un salaire pour assurer du pain sur la table, une voiture, et peut être même un partenaire et des enfants… que manque-t-il ? Cesbron disait encore : « Mais n’est-ce pas cela que les humains appellent le bonheur ? Bonheur aux ongles lisses parce qu’il est un peu usé ». À la surface, tout est paisible avec des aspects de bonheur. Un bonheur aseptisé, bien gentil, bien droit, bien fade, et tellement ennuyeux !
Un bonheur, qui n’est au fait qu’un joli emballage pour des vies affreusement vides, si ce n’est d’ennui de complaisance et de lassitude.
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